École Ash-Shafi'yالمدرسة الشافعية

· David

Les étapes de la progression dans l'étude du fiqh shafi'ite

Le samedi 5 septembre 2026, l'école a reçu en ligne Shaykh Dr. Akram Al Qawassimiy : quel objectif se fixer, quels livres étudier et dans quel ordre pour progresser dans le fiqh shafi'ite. Résumé de la rencontre et vidéo intégrale.

Affiche de la rencontre en ligne « Les étapes de la progression de l'étude du fiqh shafiite » avec Shaykh Akram Al Qawassimiy

Al-ḥamdu li-Llāh, le samedi 5 septembre 2026, l'école a organisé une rencontre en ligne avec Shaykh Dr. Akram Ibn Youssouf Al Qawassimiy, enseignant de fiqh shafi'ite en Jordanie, sur une question que beaucoup d'étudiants se posent : par quelles étapes passer pour étudier le fiqh de l'école shafi'ite, et dans quel ordre lire ses livres ? Le Shaykh s'est exprimé en arabe, avec une traduction française à chaque étape. Voici l'essentiel de son intervention ; la vidéo intégrale, questions comprises, est ci-dessous.

Les étapes de la progression de l'étude du fiqh shafiite — Shaykh Akram Al Qawassimiy

Une science qui est l'héritage des prophètes

Le Shaykh a commencé par rappeler ce qu'est la science de la sharī'a : l'héritage des prophètes, un lien direct avec la révélation transmise au Prophète ﷺ. Avec tout le respect dû aux autres sciences, dont l'humanité a besoin pour peupler la terre, c'est la science religieuse qui est la plus noble.

Trois conditions sont posées avant même d'ouvrir un livre : la sincérité (ikhlāṣ), une forte motivation (himmah) et le refus de la paresse. La science est un bienfait d'Allah : « Celui à qui Allah veut du bien, Il lui donne la compréhension de la religion. » Le hadith ne parle pas de mémorisation mais de compréhension : le fiqh, en arabe, c'est comprendre en profondeur. Mémoriser est une étape nécessaire, pas une fin.

Pourquoi des écoles juridiques ?

Les textes sont limités : un peu plus de six mille versets, cent quatorze sourates, autour de vingt mille hadiths authentiques. Les situations nouvelles, elles, ne s'arrêtent jamais. C'est l'ijtihād des juristes, encadré par les règles des uṣūl al-fiqh, qui a permis de répondre à chaque époque et de préserver cet héritage. Le Prophète ﷺ en a ouvert la porte : celui qui fait un effort d'interprétation et vise juste a deux récompenses, celui qui se trompe en a une.

Aucun des quatre imams n'a décidé un matin de fonder une école. Ils se sont distingués par leur science, et Allah leur a accordé des élèves qui ont conservé et transmis leur héritage. Les écoles n'apparaissent vraiment qu'au tournant du quatrième siècle de l'hégire. Le madhhab shafi'ite n'est donc pas l'œuvre du seul imam Ash-Shāfi'ī : il a posé les fondations, puis chaque génération a apporté sa pierre, toujours sur ses uṣūl.

Deux grandes étapes de vérification (taḥqīq) ont épuré le madhhab : celle des imams Ar-Rāfi'ī et An-Nawawī, puis celle d'Ibn Ḥajar Al-Haytamī et de Shams Ad-Dīn Ar-Ramlī. Ce sont toujours les savants des générations suivantes qui jugent ce que produit une génération : un auteur ne décide pas lui-même que son livre fera référence.

Se fixer un objectif élevé, et avancer dans l'ordre

Quand on commence, il ne faut pas avoir peur de viser haut : l'objectif est le degré de mujtahid, celui que l'imam Ash-Shāfi'ī a fait atteindre à ses élèves Al-Muzanī, Al-Buwayṭī ou Ar-Rabī' Al-Murādī, au point qu'ils divergeaient parfois de lui. Que l'on y parvienne ou non appartient à Allah ; sur mille étudiants, peut-être dix ou vingt iront jusque-là. Mais c'est de cela que la communauté a besoin, et c'est pour cela que l'on étudie.

Cette progression se fait dans l'ordre, pas de façon anarchique. On ne commence pas par le fiqh comparé entre les quatre écoles : on s'en tient d'abord à un seul madhhab, non par fanatisme ni par sacralisation, mais parce que chaque école a sa feuille de route, avec des livres classés par niveaux, et que c'est en la suivant que l'on atteint l'excellence.

Les étapes, livre après livre

Le Shaykh a ensuite décrit le parcours tel que les fuqahā' du madhhab l'ont établi, en observant ce qui a fait ses preuves chez leurs prédécesseurs :

  1. Les épîtres concises. Le Matn Abī Shujā' (Ghāyat At-Taqrīb), Safīnat An-Najāh, Al-Muqaddimah Al-Ḥaḍramiyyah ou 'Umdat As-Sālik d'Ibn An-Naqīb. Elles n'abordent pas tous les sujets : leur but est de donner une vision d'ensemble des chapitres du fiqh, sans entrer dans les divergences.
  2. Minhāj Aṭ-Ṭālibīn de l'imam An-Nawawī. C'est l'abrégé le plus important du madhhab, celui dont les innombrables commentaires attestent la place. Tout ce qui précède ne sert qu'à s'y préparer.
  3. Un commentaire du Minhāj, avec ses preuves. Tuḥfat Al-Muḥtāj d'Ibn Ḥajar, Nihāyat Al-Muḥtāj d'Ar-Ramlī, puis Mughnī Al-Muḥtāj d'Al-Khaṭīb Ash-Shirbīnī. On l'étudie accompagné des ouvrages qui rassemblent les preuves du madhhab, comme As-Sunan Al-Kubrā de l'imam Al-Bayhaqī, afin de relier chaque règle à son dalīl.
  4. Le fiqh comparé. Une fois la règle shafi'ite et sa preuve connues, on regarde ce qu'ont dit les juristes des autres écoles, par exemple à travers Al-Majmū' de l'imam An-Nawawī, achevé par As-Subkī.

Un conseil pratique a suivi : ne pas prendre n'importe quelle édition. Le travail d'un bon vérificateur (muḥaqqiq), qui a comparé les manuscrits et ajouté ses annotations, élève la valeur d'un livre ; le Shaykh a cité l'édition d'Al-Muhadhdhab d'Ash-Shīrāzī établie par le Dr Muḥammad Az-Zuḥaylī.

Les ouvrages contemporains et les moyens d'aujourd'hui

Il ne faut pas négliger les livres des savants contemporains, en premier lieu Al-Fiqh Al-Manhajī, en trois tomes, écrit il y a une cinquantaine d'années par les shaykhs Muṣṭafā Al-Khin, Muṣṭafā Al-Bughā et 'Alī Ash-Sharbajī. Sa langue est claire et accessible au non-arabophone qui débute ; les chapitres qui n'ont plus cours, comme l'esclavage, en ont été retirés, et des questions nouvelles y ont été ajoutées.

Le Shaykh a aussi insisté sur le bienfait de notre époque. Sa génération étudiait sur cassettes : mille cours d'un savant demandaient un entrepôt. Aujourd'hui, des milliers d'heures sont accessibles, et cinq heures d'avion séparent Paris de la Jordanie sans empêcher cette rencontre. Ce qui a changé, ce ne sont pas les moyens mais la himmah : la motivation et les efforts se sont amoindris. Il n'y a donc plus d'excuse : celui qui veut apprendre le peut.

Enfin, la zakat de la science, c'est de la transmettre : enseigner, contribuer à la da'wah et répondre aux ambiguïtés. Mais avant cela, il faut la provision. L'imam Al-Bukhārī a intitulé un chapitre « La science avant la parole et l'action » : d'abord apprendre, mettre en pratique, puis transmettre.

Les questions des participants

La seconde heure a été consacrée aux questions des participants. Quelques réponses du Shaykh, en résumé :

  • Comment connaître l'avis retenu (mu'tamad) du madhhab ? S'en tenir à ce que les vérificateurs ont fixé, comme le Minhāj de l'imam An-Nawawī ou le commentaire d'Ar-Ramlī, sans se noyer dans les divergences internes. Ni Ibn Ḥajar ni Ar-Ramlī n'a toujours le dernier mot : le Shaykh a recommandé Fatḥ Al-'Alī d'Umar Ibn Ḥāmid Bā'alawī, qui recense leurs divergences, dans l'édition vérifiée par Shifā' Hītū.
  • Faut-il mémoriser les textes (mutūn) ? C'est utile, mais pas une condition pour avancer : nos préoccupations ne sont pas celles des anciens. L'essentiel est de comprendre le texte étudié. Ce qu'il faut mémoriser avant tout, c'est le Coran, puis autant de hadiths que possible.
  • Un savant d'aujourd'hui peut-il émettre un avis nouveau sur une question ancienne ? Oui, tant qu'il ne contredit pas un consensus. Pour les questions nouvelles, comme l'usage de la boussole pour la qibla, il n'existe de toute façon pas d'avis ancien.
  • Les poèmes didactiques remplacent-ils les textes en prose ? Ils portent la même matière ; ils sont apparus à partir du septième siècle pour faciliter la mémorisation. Apprendre un poème est une bonne base, à condition d'étudier ensuite les preuves : on ne donne pas de fatwa avec deux vers.
  • Partir étudier à l'étranger quand sa mère s'y oppose ? Multiplier les invocations, ménager le cœur des parents, que la sharī'a nous ordonne d'honorer, profiter des cours à distance et commencer par de courts voyages. Il se peut qu'Allah ouvre ensuite une autre porte.
  • Un musulman d'Occident peut-il sortir de son madhhab pour lever une difficulté ? Oui, mais pas de sa propre initiative : il revient à un savant compétent, qui connaît le pays, de juger si la difficulté est réelle. Attention à ne pas courir après les facilités ni à combiner les écoles jusqu'à produire une pratique qui n'existe dans aucune.
  • Le simple fidèle doit-il suivre un madhhab ? Le madhhab du simple fidèle est celui du savant en qui il a confiance : il l'interroge et suit sa réponse. Le mufti, de son côté, lui donne la réponse sans l'entraîner dans les divergences.
  • Quand suis-je apte à enseigner ? Dès maintenant, à sa famille et à ses voisins. Pour la mosquée du quartier, puis pour un public de médecins et d'universitaires, le niveau requis monte : à chaque assemblée son discours, et chacun est capable de juger honnêtement où il en est.

Suivre ce chemin avec l'école

Les étapes décrites par le Shaykh sont celles que suivent les cursus de l'école : le Cursus Al-Ghazālī pose les fondations avec les épîtres concises, dont le Matn Abī Shujā', et le Cursus Al-Bouwaïtiy poursuit avec 'Umdat As-Sālik et l'étude du fiqh avec ses preuves. Le détail est sur la page du programme. Qu'Allah nous accorde la sincérité, la motivation et la persévérance sur ce chemin.

À propos de l'auteur

David

Enseignant à l'École Ash-Shafi'y